L'EVOCATION DU TOURISME SEXUEL : UNE PUDIBONDERIE HYPOCRITE
 
                                                                                                                                                               

 

 

"La parution d'un livre de photos de femmes malgaches nues en France, intitulé "Black Magic Women" a de nouveau provoqué l'évocation du tourisme sexuel à Madagascar. Nous avons vu ce livre, vendu à 249 FF à la Musardine, 122, Rue du Chemin Vert, 75011 Paris (ci-contre le fac-similé de sa couverture). Nous avons rencontré son auteur, le photographe Daniel Bauer qui a séjourné à Madagascar. Ce n'est nullement un ouvrage pornographique, mais un livre de "nus artistiques" comme il en existe des milliers à travers le monde. 

Au pays, les réactions ne se sont pas fait attendre. Il ne s'agit ni plus, ni moins que d'une incitation au tourisme sexuel. Mais au fait, ceux qui en parlent, ou ceux qui prennent des soi-disant dispositions officielles pour l'enrayer sont-ils vraiment conscients de l'efficacité de leurs actes ? Nous craignons que, comme toujours à Madagascar, il suffit d'évoquer et de discuter d'une question pour croire qu'on l'a résolue. A Toliara nous avons vu, de nos propres yeux, un père offrir à un Européen sa fille de 12 ans, en vantant ses charmes. A Antsiranana (Diégo Suarez), l'arrivée d'un bateau est toujours une aubaine pour de nombreuses femmes de la ville, qui d'elles-mêmes accourent au port. Des mères préparent leurs filles pour l'occasion. Des maris y envoient délibérément leur épouses. En une nuit, nous a-t-on dit, elles gagnent en moyenne trois cent mille francs, soit seulement 300 F en francs français. Ce qui, pour elles, constitue une fortune quand le mari touche à peine 150 000 Fmg par mois. Dans un contexte de survie, alors que les grands dignitaires du régime pratiquent une gabegie sans vergogne sur les fonds publics. Stigmatiser le tourisme sexuel n'est donc que pudibonderie hypocrite.

On ne peut que se révolter quand on sait que ces bons barons exigent, lors de leurs tournées, à ce que leurs lits soient garnis, la nuit. Souvent même par des jeunes femmes vierges. 

A Madagascar, le commerce du sexe relève uniquement de la pauvreté. Le jour où celle-ci sera enrayée et où nos dirigeants feront preuve d'une meilleure gouvernance et combattront effectivement les malversations, détournements et corruption, ce commerce disparaîtra de lui-même. D'ailleurs, nul n'ignore que ce sont les tares et les vices de la classe dirigeante elle-même, qui ont favorisé la dépravation des mœurs".

 

Mamy Rakotomanga
avec la collaboration de Daniel Raherisoanjato
Enseignant-Chercheur à l'Université d' Antananarivo.

Premier newsmagazine de Madagascar.
Fondé en Septembre 1980.

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