Les religions et les sectes à Madagascar

La misère est grandissante et les espoirs
des Malgaches en la religion n'en sont que plus importants. Celle-ci occupe une
place si prépondérante sur la grande île qu'elle n'hésite pas se faufiler
dans les dédales d'un pouvoir dirigé" par un président "fou de dieu",
un Georges Bush local, qui
s'appuie sur celle-ci pour asseoir son pouvoir et maintenir la population
dans un état léthargique et de misère grandissante.
Il est d'une évidence certaine,
que le pouvoir actuel essaie subtilement de s'éloigner de l'influence française,
mais pas trop, car le pays a encore besoin de l'aide financière déjà énorme que
la France lui consacre. Un rapprochement politique et spirituel entre
Madagascar et Etats-Unis serait à leur avis bien favorable , car aux yeux des
Malgaches qui n'aiment guère les Français (ils n'ont pas encore compris et
passé le temps de la colonisation), les Américains avec leurs sectes et leurs
religions sont spirituellement beaucoup plus proches; nous Français sommes trop
écartés des voies religieuses et la séparation de l'église et de l'état n'est
pas du goût du président Ravalomanana.
De loin, le grand bâtiment de tôle et
de béton beige ressemble à un hangar à avions, à un
quelconque entrepôt portuaire. Il n’y a que
l’immense croix barrant la façade qui permet de
reconnaître le temple de Jesosy Mamonjy (Jésus le
Sauveur), un culte évangéliste. En ce dimanche
pluvieux et frais, des milliers de fidèles, engoncés
dans des anoraks élimés, convergent vers les
dizaines de portes de cette « église », plantée au
bord d’une des grandes avenues d’Antananarivo.
Josepha, une main gantée serrée sur un petit
chapelet de plastique, trotte vers l’entrée en
marmonnant une prière. Comme la plupart des 200 000
adeptes que revendique Jesosy dans la Grande Ile,
Josepha est une ancienne fidèle de l’Eglise
réformée. « Je suis venue ici où on enseigne la
vraie Bible, on aime Jésus », glisse-t-elle avant de
s’engouffrer dans l’« église ». C’est un « petit »
dimanche. On ne compte ce matin-là que 7 000
personnes, priant, ferventes, les paumes tournées
vers le ciel ou à genoux, la tête posée sur le banc.
Les grands jours, le culte est suivi par plus de 20
000 fidèles.
Derrière l’autel, aux allures de
scène de meeting politique, le révérend Ratafy tonne
les bras grands ouverts et menace les pécheurs de
toutes sortes de sanctions divines. Dans un coin,
deux policiers, des « RG » locaux, surveillent
l’assistance. Depuis la mort du pasteur Daoud, un
Américain fondateur de l’Eglise, ses successeurs se
livrent à de sourdes luttes de pouvoir, par procès
et commandos musclés interposés. Au cœur de ces
négociations : l’accès au denier du culte. Les
fidèles sont généreux et les « aides » venues de
l’étranger, en particulier des Etats-Unis,
abondantes.
A Antananarivo, personne ne s’étonne
de la richesse ni des dimensions gigantesques de ces
lieux de prière. « L’argent est la raison d’être de
ces sectes, explique Richard Andriamanjato, pasteur
calviniste et ancien président de l’Assemblée
nationale. Elles imposent la dîme à leurs membres
puis elles se servent de ces sommes pour se
développer en offrant aux miséreux à manger, des
vêtements ou des soins. » Arrivées dans la foulée de
l’ouverture démocratique du début des années 90, ces
associations cultuelles se font de plus en plus
pressantes, profitant de la perte de pouvoir d’achat
qui depuis deux ans accable les plus faibles. Nul
n’a tenté de les recenser. Mais on estime que plus
d’un quart des habitants d’Antananarivo adhère à
l’une ou à l’autre de ses sectes.
Au centre de la capitale, le bas
quartier de Manarintsoa-Isotry offre un terreau
fertile aux prêcheurs de tous les horizons. Ici, on
est pauvre. Une large majorité des habitants vit
avec moins d’un dollar par jour. Les services
publics n’existent quasiment pas. Pas plus que la
sécurité. « Les Malgaches ont toujours été très
croyants. Il est donc facile de leur imposer Dieu
comme dernier recours », rappelle Solo-Raharinjanary,
doyen de la faculté d’Antananarivo. En quelques
années, les rues de ce quartier, des allées boueuses
bordées de cabanes en planches, de rares maisons
rongées d’humidité peuplées de gamins loqueteux, se
sont emplis d’église, de temples et de maisons de
Jésus en tous genres. Les Messagers du Christ, les
Lecteurs de la Bible ou les Témoins de Jéhovah
côtoient les grandes et les petites obédiences
américaines des mormons ou de la Winner’s Chapel.
Tous prélèvent leur écot et possèdent leurs « ONG »
qui suppléent à peine aux carences de l’Etat. Rien
de choquant pour Jane Rambelonarosoa, présidente du
quartier. « Prier le Seigneur est la vraie solution
aux problèmes car lui seul peut nous aider. »
Longtemps pieuse catholique, elle a rejoint il y a
deux ans la communauté des "kibanguistes", l’« Eglise
de Jésus-Christ sur terre et de son envoyé spécial
Simon Kibanga ». Depuis, elle vit avec ses 5 enfants
et une vingtaine d’autres familles autour du temple
et du représentant local de cette secte, un ancien
syndicaliste et militant d’extrême gauche. « Nous
travaillons tous ensemble comme le demande le
pasteur et nous partageons tout. »
Pour endiguer la perte de ses
fidèles, la puissante Fédération des Eglises de
Madagascar (FFKM), qui regroupe les catholiques, les
protestants, les anglicans et les luthériens, a
réagi. A son tour, elle a multiplié ses écoles et
ses associations caritatives. Avec un succès limité
et attendu aux yeux de Désiré Ramakavelo, un ancien
ministre de la Défense. L’homme, longtemps proche du
président Marc Ravalomanana, se dit aujourd’hui
« opposant modéré » : « Ceux qui imaginent que la
prolifération de sectes n’est liée qu’à la pauvreté
se trompent. C’est aussi un signe du manque de
confiance dans les Eglises traditionnelles car elles
sont trop proches du pouvoir. » Le président ne
cache être proche de la FFKM qui l’a soutenu lors de
son arrivée au pouvoir en 2002. Une alliance qui,
après trois ans de pouvoir, n’a fait que se
renforcer. Au début de l’année, Marc Ravalomanana a
ainsi été réélu vice-président laïc de l’Eglise
réformée. Il n’a pas hésité non plus à prêter, via
la Banque mondiale, 900 millions de francs malgaches
(environ 85 000 €) à la FFKM pour organiser son
congrès. En mars dernier, dans un discours, Marc
Ravalomanana a même appelé à la mise en place d’une
« théocratie » dans la Grande Ile. « Les grandes
Eglises ne peuvent plus être le centre des
contestations sociales qu’elles étaient. Les
croyants se tournent donc vers d’autres cultes qui
pourraient finir par incarner une forme
d’opposition », assure Lucile Rabearimanana,
professeur d’histoire politique à l’université
d’Antananarivo.
Reste que, pour l’heure, la majorité
des nouvelles « croyances » se gardent bien de
revendiquer un pouvoir temporel. La chute de l’Eglise
universelle du royaume de Dieu leur a servi
d’avertissement. En février dernier, ce puissant
courant religieux, d’origine brésilienne, a
brutalement été fermé et 34 pasteurs étrangers
expulsés. Officiellement, le décret sanctionnait un
blasphème, l’autodafé de plusieurs bibles par un
religieux de l’ordre quelques jours auparavant. Une
raison qui fait sourire un haut fonctionnaire
malgache. « Tout le monde sait qu’en fait le plus
grand péché de cette secte est de s’être trop
clairement rapproché de l’opposition et de l’ancien
président Ratsiraka".
Tanguy
Berthemet (21 juillet 2005) Le Figaro
