2009
Lois Nouvelles
LOI
N° 2007-036 DU 14 JANVIER 2008 sur les investissements à Madagascar
La difficulté pour les investisseurs internationaux
d'acquérir des terrains
est une des raisons pour lesquelles ils hésitent à venir en Afrique et à
Madagascar. Le président allemand, Horst Khöler, en visite officielle, en avril
dernier, dans la Grande Île, a invité les Malgaches à dépasser les traditions
ancestrales au profit du développement économique. Ancien directeur du FMI, M.
Khöler rejoignait ainsi l'opinion des investisseurs étrangers qui, à maintes
reprises, se sont plaints de se voir refuser des titres fonciers. Les
investisseurs ont besoin d'acheter des terrains pour être totalement rassurés,
a rappelé le président allemand.
En effet, jusqu'en 2003, l'acquisition de biens immobiliers était interdite aux
étrangers, seulement autorisés à contracter des baux emphytéotiques d'une durée
maximale de 99 ans. En août 2003, l'État malgache soucieux de booster
l'investissement a assoupli la loi foncière. Les investisseurs étrangers,
peuvent désormais, sous certaines conditions et dans des secteurs bien définis
(tourisme, immobilier, banque ou assurance) acheter des terrains (25 000 m² au
maximum). Ils doivent notamment investir un minimum de
500 000 dollars Us !
Parallèlement, les chefs des 22 régions, nommés directement par le président
de la République, Marc Ravalomanana, ont reçu mission de trouver des
financements pour leurs circonscriptions respectives. Une loi sur les domaines
privés nationaux les autorisant à délimiter des terrains pour les besoins de la
Région, certains ont réservé des parcelles à louer ou à vendre pour attirer des
investisseurs. La colère de la population ne s'est pas fait attendre.
| En mars dernier, des chefs traditionnels du Sud-est ont envoyé une pétition à la présidence pour protester contre l'appropriation par la Région d'une centaine d'hectares. Ce terrain sera réservé à la culture de la canne à sucre pour la production d'éthanol par des entrepreneurs mauriciens. Un litige foncier de même nature oppose le chef de la région de la Haute-Matsiatra, dans le centre sud, à la population. Les paysans qui, pour la plupart, ne disposent pas de titres de propriété se sentent menacés de spoliation et craignent de faire les frais de cette nouvelle donne foncière |
Dès leur entrée en vigueur, ces réformes foncières ont suscité l'hostilité de
l'opinion publique. La puissante Union Œcuménique des Eglises (FFKM) s'y est
ainsi déclarée hostile. À Madagascar, vendre du terrain aux étrangers c'est
comme vendre la patrie. La terre des ancêtres n'est pas négociable. C'est pour
cette raison que les occupants des terrains reculés non exploités se considèrent
comme leurs dépositaires légaux et refusent par principe la cession, commente
Célestin Radison Rakotoarisoa, directeur du Développement de la région d'Analamanga.
Beaucoup s'opposent aussi à ces mesures au nom de l'indépendance économique:
Nous serons marginalisés dans notre propre pays si on vend notre terre aux
étrangers, car ils ont beaucoup d'argent et peuvent se permettre d'acheter tous
les terrains qu'ils veulent.
La loi de 2003 censée attirer les investisseurs n'a semble-t-il pas encore
inversé la tendance. Sur 10 demandes d'acquisition de terrains déposées par des
étrangers en 2004 et 2005, deux seulement ont été accordées. Certains mettent en
avant la lourdeur des démarches administratives pour expliquer cet échec. Selon
Olivier R, chargé de dossier d'une société française, le suivi d'une demande de
titre auprès du service du Domaine prend beaucoup de temps et cela se complique
quand il s'agit d'investisseurs étrangers. Mme Lalao Andriamanga, responsable
de la Promotion de l'Environnement des affaires auprès du Guichet unique des
investissements et de développement des entreprises (Guide) confirme ces
pesanteurs. "Suivant le montant des investissements prévus, le dossier
d'acquisition par un étranger doit passer par plusieurs échelons et peut aller
jusqu'au conseil des ministres.
L'approche des élections présidentielles, prévues pour la fin de l'année 2006
ou le début de 2007 (et maintenant en 2009 après un récent coup d'état), constitue un autre frein à l'investissement dans un pays
dont l'environnement économique et politique, déjà incertain, pourrait se
détériorer à en croire la Compagnie française d'assurance pour le commerce
extérieur (Coface).
La partie n'est donc pas facile pour le gouvernement malgache condamné à attirer
les investisseurs étrangers pour appliquer sa politique de développement rapide,
selon le représentant local de la Banque mondiale, James Bond. Le pays a besoin
de 750 millions de dollars d’investissement (par an, Ndlr) pour prétendre
quitter la situation actuelle (de pauvreté, Ndlr), a-t-il estimé lors d'une
rencontre en début d'année avec la presse. Or, Madagascar n'a reçu que 80
millions de dollars d'Investissement direct étranger (IDE) en 2005 soit 10
millions de moins qu'avant la crise de 2001 et le changement de régime. Un
nouvel assouplissement du régime foncier, appelé de ses vœux par le président
allemand, suffira-t-il à attirer les capitaux étrangers dans la Grande Ile ?